23h00. J'attendais avec une impatience presque incontrôlable l'heure de ma sortie. Depuis près de deux heures, je sentais tout mon être reprendre vie. Mes sens étaient en éveil. Je percevais le frôlement des pattes velues d'une araignée sur sa toile. Le souffle de la brise du soir pénétrait dans le cercueil et faisait frémir mes narines. Je sentais le parfum des jonquilles en bourgeons impreigné dans l'air ; plus que quelques minutes. Je ne pouvait de toute manière pas sortir seule. Il me fallait son aide pour soulever le couvercle de cette cage de bois. Mais l'immobilité devenait insupportable. La fraîcheur de la nuit m'attirait comme un aimant. Je m'efforçais de calmer ma respiration de plus en plus haletante. Ma gorge se nouait, tout comme mon estomac ; la faim me rongeait. Le souvenir su sang me faisait saliver. L'excitation de la veille, la vue de ma proie, faisait croître en moi un inexplicable besoin de violence. Je ne voulais pas y céder mais il m'était impossible de résister plus longtemps. Ma nuque se raidit, je serai les dents. Mes lèvres se retroussent machinalement. Mes crocs réapparurent. Je n'en pouvais plus...
Il me libéra enfin. Je plissai les yeux, éblouie par le rayonnement de la lune. Je m'habituai peu à peu à se nouveau décore, et arrivai à distinguer nettement mon maître devant la petite lucarne poussiéreuse qui suffisait n'est-en mois à éclairer la pièce. "Mon maître"... Bien que ce terme soit courant chez nous, je m'en voulais de l'utiliser. Mais c'était comme si je ne pouvais pas m'en empêcher. Cette preuve de soumission me dégoutait, et pourtant, me rassurait. C'est lui qui m'avait recueillie, qui m'avait tout appris ; je le savais. Mais jamais je ne me soumettrai à sa volonté. Je refusais de devenir comme tous les autres, ces lâches qui n'avaient pas osé s'affirmer par eux-même, et qui étaient aujourd'hui réduit à traîner dans les rues pour rapporter du sang frais à leur maîtres.
- Je vois que tu ressens les effets de la pleine lune, c'est bien.
La pleine lune... Je ne répondis pas et sortis de mon abri. Malgré le léger vent de ce soir, une violente odeur de renfermé et de pourriture me brûla les poumons. Je baissai les yeux et aperçus un cadavre. Il gisait à ses pieds tel un ennemi trop de fois combattu. La mort de cet enfant -car s'en est un- devait remonter à plusieurs jours ; il venait des réserves. Le travail n'avait pas été fait dans la dentelle : les membres avaient été violemment écartelés, les yeux exorbités étaient noyés par la terreur, son cou avait été lacéré à plusieurs endroits précis et la teinte irrégulière de sa peau prouvait qu'il avait fallut de longues heures pour le vider et que ce procésus n'étai pas encore finit. Une fin lente, douloureuse, cruelle...
Etrangement, ce spectacle ne me déplaisait pas autant qu'il y a quelques mois. Non seulement à cause de l'habitude, mais aussi de mon évolution. Ces lambeaux de chaire à vif ne m'inspiraient aujourd'hui que désir et honneur. Pourtant, son odeur m'était insupportable.
- Tu progresses, souffla-t-il entre ses dents éclatantes.
- Que veux-tu que j'en fasse ?
- Un petit encas avant de commencer la nuit ne te fera pas de mal.
Il sentait que ça me dégoutait. Je ne comprenais pas pourquoi, alors que la vision de ce corps m'emplissait de fierté, l'odeur qui en émanait me donnait la nausée.
- Qu'est-ce que tu attends ? demanda-t-il.
Un sourir sadique se déssinait sur son visage. Je n'avais pas le chois. Je me penchai sur la chair morte et plentai mes crocs dans son cou. J'eu beau aspirer, pas une goute de sang ne franchit mes lèvres. Je me relevai.
- Il n'y a plus rien à en tirer. Son sang a séché et pourri sans son organisme.
- Pas tout à fait...
Je fronçai les sourciles et examinai attentivement le corps. J'eu soudain un haut le coeurs. Il avait raison, son ventre devait, d'après sa couleur pourpre, regorger de sang. Mais il ne pouvait pas me demander ça... Ce sang se trouvait en fait dans les intestins. S'il se trouvait là c'est que l'estomac avait été broillé d'une manière ou d'une autre. Si je le mordais à cet endroit je serai obligée d'aspirer aussi les restes de son estomac... Je ne pouvais même pas l'envisager, c'était trop affreux.
- Non.
-Fais-le, m'ordona-t-il.
- NON !
Je le bousculai et sortis des sous-sols. Je couru dans la nuit , ressentant enfin l'air frais dans ma gorge et mes poumons. Je restai un moment assise dans la coure, au pied de la pontaine. Il fini par sortir à son tour et s'approcha de moi. Je levai les yeux vers lui et perçu très nettement une odeur de pourriture. Il l'avait fait. Les abas de ce garçon venaient d'être aspirés... Les larmes me montèrent au yeux.
- Allez, on y va, lança-t-il séchement.
Je repris mes esprits et lui répondit dans un dernier sanglot.
- Quel-est le programme ?
- Ce soir, je teste tes capacités.
- Il me semble que c'est déjà fait...
Il rit. Son estime pour moi ne volait désormais pas haut.
- Ce n'était que la première partie. Il te reste l'action.
Je commençais à comprendre ce que ce ton signifiait ; la mission de cette nuit sera rude, très rude. Je n''étais pas certaine d'être à la hauteur de ce qu'il pourrait me demander. Qui savait ce qu'il avait encore pu imaginer... La dernière fois déjà, je n'en avais pas cru mes yeux. Il m'avait abandonnée sur un parking moins d'une heure avant le lever du jour avec pour seul repère, une photo floue. J'avais attendu près de vingt minutes avant qu'elle n'arrive enfin. "Elle", c'était une petite fille, tout aussi innocente que moi avant qu'il ne me trouve et qu'il ne me transmette sa force. J'avais perdu tous mes moyens en la voyant arriver, le sourire aux lèvres. J'aurais dû comprendre tout de suite que ce n'était qu'un teste, un piège, mais sur le coup je n'avais rien pu faire d'autre que de la regarder passer et de revenir au château avant que le soleil ne se lève.
Inquiète, je pris mon courage à deux mains et nous sortîmes. La cours du château prenait une toute autre forme de nuit : Les arbres s'agitaient sans aucun bruit au grès du vent comme si tout son était superflu. Les couleurs habituelles des voitures, des humains et des oiseaux paraissaient comme absorbé par les nuages. Une des fenêtre du premier étage était restée ouverte. Un hibou y était perché, attendant le moment fatidique où les mulots sortirons de leur tanière.
- Où va-t-on
- Où va le vent.
Je n'en tirerai rien de plus avant d'être arrivée...
[...]
P.S : "Où va-t-on ? -Où va le vent" est une phrase inventé pendant une récréation par Delia et moi-même.
. .. . .... .. .
. .. . .... .. .
. .. . .... .. .
© Elodie Egger